L’ACRONYME DU GEIPAN DÉMYSTIFIÉ ?

Groupe D’Étude et d’Invalidation des Phénomènes Aérospatiaux Non identifiés Une fois n’est pas coutume, sur mon mur, je vais me faire le plaisir de livrer ici un coup de gueule !

Ce jeudi 2 avril, au cœur du mythique Triangle de la Burle, une association ardéchoise recevait Frédéric Courtade, sympathique directeur fraîchement nommé à la tête du GEIPAN, cette honorable institution qui s’apprête à fêter un demi-siècle de… rationalisation du mystère. J’y allais pleine d’espoir. Peut-être, me disais-je, qu’un vent nouveau soufflerait sur l’étude des OVNIs. Peut-être même une ouverture. Eh bien non. J’ai surtout eu droit à la confirmation que, si les directeurs passent, la doctrine, elle, reste admirablement la même.

Dès les premières minutes, le cadre est posé, même très bien posé. C’est là qu’intervient ce que les sciences cognitives appellent le framing : l’art de structurer d’avance la manière dont un sujet sera perçu. En théorie, le GEIPAN étudie les phénomènes aérospatiaux non identifiés. En pratique, il semble surtout exceller à organiser les conditions mentales dans lesquelles le public comprendra très vite que « non identifié » signifie : « pas encore reclassé dans la rubrique erreur ». Frédéric commence avec l’acte fondateur de l’ufologie, le cas de Kenneth Arnold en 1947. Mais attention, pas le temps de rêver : la question fuse immédiatement : oiseaux ? nuages ? illusions météorologiques ? Bref, avant même d’exister, l’OVNI est déjà une méprise. Ensuite, démonstration de force pour qu’on ne se méprenne pas : le GEIPAN ce n’est pas seulement deux ou trois personnes dans un bureau de Toulouse dépourvues de jumelles, non, c’est toute une armée de sous-traitants : météorologues, psychologues, sociologues, analystes d’images, spécialistes du cerveau… Une véritable task force du doute organisée. Et là, révélation : le principal suspect, ce n’est pas l’extraterrestre. Non. C’est vous. Enfin… votre cerveau. Car voyez-vous, entre émotions, croyances, biais cognitifs et mémoire reconstruite, vous ne mentez pas… vous vous trompez juste très sincèrement.

Bienvenue donc dans la méthode GEIPAN ! Le principe est simple, presque élégant : on appâte avec « OVNI »… pour livrer de la « méprise ». On commence par le mot magique : OVNI. Celui qui fait briller les yeux. Puis arrive la deuxième formule magique : « Voici un OVNI ». Et enfin, le clou du spectacle : « c’était une lanterne thaïlandaise ». Rideau.

Pendant près de deux heures, défilé magistral de confusions en tout genre : hélicoptères, satellites, rentrées atmosphériques, Lune, Jupiter, lanternes, illusions d’optique… et bien sûr, le cerveau limbique, star incontestée de la soirée. Le message est limpide : Vous voyez mal. Vous comprenez mal. Vous vous souvenez mal. Mais rassurez-vous, le GEIPAN, lui, voit clair pour vous !

Ça va veniLe plus intéressant n’est d’ailleurs pas tant cette accumulation de cas reclassés que l’effet global qu’elle produit. Car à force de juxtaposer les erreurs, les confusions et les reconstructions mentales, on ne se contente plus d’expliquer certains témoignages : on fabrique un climat de suspicion généralisé à l’égard de toute expérience inhabituelle. C’est là que l’on quitte le simple scepticisme méthodologique pour entrer dans quelque chose de plus subtil, et de plus troublant : une forme de gaslighting institutionnel (manipulation mentale). Le procédé est connu : faire douter les gens non seulement de ce qu’ils ont vu, mais de leur propre capacité à avoir vu quoi que ce soit de valable. Vous avez observé un phénomène étrange ? Peut-être. Mais avant toute chose, il faut envisager que votre cerveau vous ait joué un tour, que votre mémoire ait brodé, que votre émotion ait contaminé votre perception, et que votre récit soit déjà une fiction involontaire. Le tout avec le sourire pédagogique de la raison officielle.

Et les fameux cas inexpliqués, les “cas D” ? Ah, eux aussi sont en sursis. Pas encore expliqués, certes… mais déjà considérés comme des erreurs en attente de démontage. Une sorte de bug temporaire dans une matrice qui se prétend rationnelle. La transparence nous dit Frédéric. Mais laquelle ? Celle qui consiste à appeler « OVNI » ce qu’on s’empresse ensuite de banaliser ? Ou celle qui enchaîne quinze méprises pour conclure sur un seul mystère… aussitôt promis à disparition ? La philosophie semble être la suivante : « Nous ne savons pas encore pourquoi vous avez tort, mais faites-nous confiance, ça va venir ».

Le GEIPAN ne ferme pas l’esprit, non… Il pratique une fermeture différée. Soyez témoin, mais pas trop. Curieux, mais raisonnablement. Émerveillé, mais corrigé ! Une fissure dans le réel ? Pas de panique. Le GEIPAN arrive avec l’enduit. Mystère accueilli… puis soigneusement rebouché.

Alors Frédo, désolée pour les interventions du public. Ça a dû être un peu inconfortable quand certains ont commencé à parler de désinformation, de la réputation très contestée du GEIPAN, du mépris ressenti par les témoins, d’un discours qui, à les entendre, n’aurait pas beaucoup évolué depuis 49 ans… et surtout de cette impression tenace : que le GEIPAN étudie surtout les méprises… et non les OVNIs.

Bref, au GEIPAN, entre méprises et mépris, il n’y a parfois qu’une syllabe… mais pour les témoins, toute la différence est là…